GUERRE,
RÉVOLUTION ET PAIX (1914-1923)
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Plan
( propositions):
I) D'UNE GUERRE INTEREUROPEENNE A UNE GUERRE MONDIALE. (Non
développé)
II) LES COLONIES DANS LA GRANDE GUERRE (Développé)
III) LA GUERRE," VÉRITABLE ACCÉLÉRATEUR
DE L'HISTOIRE RUSSE " (Non développé)
IV) DES TRAITES MALTRAITES. (Non développé).
Partir pour la séance : "
LES COLONIES DANS LA GRANDE GUERRE"
- soit de l'audition du gwo ka "
A Dardanelles " du groupe Kan'nida des frères
Geoffroi révélant l'intensité
des combats et la participation active des troupes
coloniales.
( refrain : Pwen fizi la monté kan menm / Prends
le fusil et monte quand même ...)
- soit des citations célèbres
de M.Ferro et M.Michel permettant ,sur une carte
murale, des repérages spatiaux et démontrant
la forte implication des "coloniaux"
dans la guerre :
"Ces Noirs, ces Arabes,
ces Annamites ont joué un rôle aussi.
Il reste à leur donner la parole"
( Marc Ferro )
"Le problème principal
réside-t-il dans l'utilisation des troupes
noires ou dans le manque de légitimité
de leur utilisation " ? (Marc Michel).
Problématiques ( suggestions
):
Pourquoi et comment les Colonies participent aux effroyables efforts de guerre
?
En quoi ce premier conflit mondial menace le cordon ombilical colonial ?
Durée: 2 - 3 H ( avec le travail de groupe )
Objectifs généraux
Lutter contre l’amnésie quasi générale des Manuels et
évoquer, loin d’histoires partielles, partiales
et dans la clarté, un sombre événement
qui fut la matrice du XX ème siècle.
Rendre hommage, " images d'Epinal "
rangées et parfum colonial déversé,
à tous ces Damnés de la Guerre,
à tous ces "POM», lire Poilus
d'OutreMer qui sortiront, à l'égal
des Français, transformés par cette
"aventure monstrueuse et absurde" (
G.Duhamel).
Objectifs cognitifs et méthodologiques
: voir feuille de route.
Support didactique
Magnétophone, feuille de route, dossier documentaire, support lexical
( remis la veille aux apprenants ) et 3 "
diapo montages ".
Évaluations
1- Démontrer dans l'espace et le
temps l'évolution de l'image du soldat
noir ( document 1 )
2- Réaliser, sous forme de bande
dessinée, la suite de l'histoire. ( document
2 )
3- Construire et commenter brièvement
un graphique évolutif à partir du
document 5
( travail à la maison ).
Propositions de travail :
- Voir piste 1 : sujets de dissertations
possibles.
-Voir piste 2 : travail de groupes ( 4 ou 5 ).
- Voir piste 3 : "QCM".
-Voir piste 4 : préparation à l'épreuve
mineure d'histoire.
- Voir piste 5 : préparation à l'épreuve
majeure d'histoire.
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| II. LES COLONIES DANS LA GRANDE GUERRE
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Pour faciliter l'exploitation de cette" tragique
séance guerrière", un double choix
typographique.
- style "standard"pour
le cognitif et les recherches
scientifiques.
- style "italique" renforcé
pour le méthodologique et les expérimentations
avec les apprenants.
2-1 Pouvoir colonial et mobilisation dans les Colonies
:
séduction et répression.
Le gouvernement français,
face à cette guerre mangeuse d'hommes, utilise
tous les artifices pour envoyer au feu les "troupes
indigènes" du second empire colonial du
monde : 10 millions de km2 pour une cinquantaine
de millions d'habitants aux réactions d'ailleurs
fort diverses lors de la déclaration de guerre
que mairies et églises brûlent, à
tour de sirènes et de cloches, de divulguer du
moins sous les Tropiques.
Document 1 :
- Dans les "Vieilles Colonies" galvanisées par les
arguments nationalistes des autorités locales,
les préoccupations classes-races qui jetaient
alors les uns et les autres dans les tranchées
de l'absurdité, s'estompent temporairement pour
faire pratiquement place à "l'Union
sacrée" de Poincaré.
Mobilisation exploitée à travers la diapositive 1 montrant
sur le port de Basse-Terre en Guadeloupe, le départ
des premiers conscrits, des premiers "P.O.M "(
Poilus d'Outre Mer )
- En Algérie, en Tunisie, dans le Maghreb en général,
le gouvernement français ainsi que le SOTC (1)
font ... la danse du ventre ou sont prêts à
passer sur celui de tout un peuple pour enrôler
au nom de la sacro-sainte "oeuvre commune de civilisation
contre les barbares turcoallemands".
Méchouis, couscous,
primes de 100 F (août 1914) puis de 200 F (septembre
1916), indemnités aux familles (1,25 F / j ),
promesses d'accès à la citoyenneté
ponctuent souvent les incorporations ! La France catholique
n'a-t-elle pas jusqu'en 1917 organisé "
à ...La Mecque des pèlerinages officiels
de notables dorlotés " ?( G.Meynier ). La
Métropole, divinement inspirée, ne multiplie-t-elle
pas sur son territoire mosquées en bois improvisées
et cafés maures révisés ? Mais
par la suite et , notamment avec l'arrivée au
pouvoir de Clemenceau ( novembre 1917) , on assiste
à un recrutement forcé.
En somme 70 000 Algériens
ont été recrutés.
- En AOF (2): primes de 10 à 30 F aux chefs par homme fourni
grâce notamment à la mission Diagne (3)
puis, recrutement forcé, chasse à l'homme
provoquant résistances armées au Soudan,
insurrections entre l'affluent du Niger et la Volta,
qui ont duré près de... dix mois!
Mais comme le disait
froidement Clemenceau craignant par dessus tout une
défaite sur le Rhin " Mieux vaut courir
des risques en Afrique que sur le front ! "
- En AEF (4): pas de ponctions fortes jusqu'à la fin de 1917
car la région était plutôt préoccupée
par la conquête du Cameroun allemand. Mais en
1918 des efforts de guerre sont également demandés
malgré l'appel à la résistance
des ...femmes autour des casernes
( hurlements stridents, roulements au sol , intensification
de rites animistes et autres ...) Pourquoi donc, chez
tous ces coloniaux ( cf document 1), des réactions
aussi diverses ?
Sur le plan statutaire : Maghrébins ,Malgaches ,Indochinois, Canaques sont simplement
des "sujets" de la France et non des citoyens
comme les "créoles" des Antilles ou
les"indigènes" des Quatre Communes
du Sénégal fraîchement intégrés
en 1915 ! (Gorée,St Louis,Dakar, Rufisque).
En somme, se disent les non-citoyens, pourquoi , malgré l'attrait
du "certificat du manger",
aller " crever " pour un pays qui ne vous a rien donné
?
Sur le plan politique : divisions profondes, aux Antilles notamment, entre Antimilitaristes
( békés, usiniers, commerçants ) et Patriotes hostiles
à " l'insoumission " et aux ...mutilations
pour échapper au front.
- Enfin , à partir de la répartition inégale des
contingents du document 1, faire extraire certaines
informations concernant les "P.O.M ":
- Tous n'ont pas combattu sur le front et donc
servi de " chair à canon ".
- Malgaches plutôt affectés dans les services de santé
, Indochinois dans les ateliers de l'armée ...
- 607 000 hommes représentaient, en fait,
près de 8% des effectifs.
2-2 Participation sans partition des troupes coloniales.
Partir
du document 2-Relever
et repérer alternativement grâce à
une carte murale ou au manuel, les brillants exploits
du 68ème BTS (5) sur les hauts lieux de la Grande
guerre.
-
Jouer sur les échelles, insister sur les détroits
des Dardanelles ( avril-déc.1915 )
-
Éveiller l'esprit critique de l'élève
en rappelant que cette "citation" ne doit
pas faire oublier la marginalisation frappante des soldats
coloniaux dans les bulletins militaires et dans la presse
pendant toute la guerre... par triomphalisme patriotique
national !
Les Dardanelles, expédition désastreuse
pour ouvrir chez des Turcs, bénéficiant
d'une supériorité topographique, un second
front en Méditerranée orientale furent
perçues, par la "Force noire" comme
un prélude d'apocalypse alors que pour les 8
000 "Kiwis" (les Néo-zélandais)
et 13 000 "Aussies" ( les Australiens ) elles
marquaient la naissance d'une conscience nationale.
Concernant l'état de conscience,
l'appel de la Turquie au Jihad, incontestablement, a
posé problème aux Musulmans d'Algérie
luttant pour la mère-patrie! D'ailleurs des désertions
célèbres comme celle du lieutenant Boukabouya
en témoignent.( M.Michel)
Les tirailleurs sénégalais
que nos élèves peuvent, à partir
du document 2, hâtivement assimiler à leurs
Rambo, Robocop ou autres Ninja n’avaient en fait, au
premier abord, aucune prédisposition de grand
guerrier.
-
Document exploité, diapositive 2 : un
tirailleur sénégalais photographié
à Verdun en 1915 harassé, le pied nu dans
le froid ( diapo montage à partir de l'Histoire
n°69 )
inexpérimentés,
désorientés, jugés inaptes au front
français, bénéficiant d'une instruction
militaire dérisoire, souffrant d'un classement
absurde ne respectant nullement l'homogénéité
culturelle des unités regroupées en races
guerrières et non guerrières minées
par la transplantation, affrontant difficilement des
conditions sanitaires précaires dans les "camps
de la misère" ( mai 1917 : 13,7 % de mortalité
par maladies pulmonaires chez les BTS ! ) ils étaient
donc au début paniqués par la guerre européenne
d'où maints refus d'obéissance suivis,
bien sûr, de sombres sanctions !
Sans
pousser au noir ce tableau, évoquer également
les manifestations racistes ( document 3)
-
sur le front, le Martiniquais Ircher a dû subir
l'attention particulièrement « singulière »
de frères d'armes correctement sinistres.
On se demande encore jusqu'où
on irait si les Français, en 1918, avaient accepté
d'instaurer les mesures d'apartheid que les Américains
dirigés par Pershing leur réclamaient
! Concernant la diligence du Gal Mounier pour la promotion
des Noirs dans le corps des officiers, tirer profit
de ce document pour rappeler le cursus de l'un des premiers
Polytechniciens de couleur, le Guadeloupéen Camille
Mortenol ( 1859-1930 ) qui, aux côtés de
Gallieni , avait participé à la "pacification"
de Madagascar , et était chargé, en tant
que Directeur de l'aviation maritime pendant la guerre
, de défendre le ciel de Paris contre les éventuelles
attaques allemandes. ( L.Farrugia )
-
à " l'arrière" la discrimination
assombrissait le régime des permissions des Maghrébins
mais surtout des Sénégalais pour lesquels,
les visites chez les familles françaises, marraines
ou autres infirmières étaient carrément
interdites.
Comme il se permet, loin du front, des
exploits galants et enflamme l'imagination entre autres,
de ces honorables dames de la Croix-rouge embrasées
par la proéminence de ses traits, notre vaillant
tirailleur qui , apparemment ne se contentait pas seulement
de fredonner "Auprès de ma blonde",
sa chanson préférée lors de l'assaut
à la baïonnette, s'est vu interdire, par
l'Etat-Major, certaines " bontés d'ordre
sexuel" et visites pour... " risques de corruption
de notre sang" .
Document
4 : Le sang des Contingents noirs " aptes à
tout faire " selon le "semeur" Mangin
a inondé le sol français notamment celui
du "Chemin des dames" où 7 000 Sénégalais
ont péri ou été mis hors de combat
en mai 1917 ce qui, écrit M.Michel, a nourri
irrévocablement la légende de Mangin "boucher
des Noirs" . Par rapport aux différents
engagements, les pertes des Coloniaux ont été
considérables notamment chez les Sénégalais
et chez les Algériens.
Concernant
les "fantassins métropolitains", ne
pas omettre de dire aux élèves que l'Etat-Major
n'a pas été plus avare du sang des indigènes
que de celui des Bretons, des Normands, des Corses qui
ont enduré les mêmes souffrances et consenti
les mêmes sacrifices souvent inutiles :
"
On n'a pas le même destin mais nos galères
sont les mêmes" !
Enfin,
faut-il le rappeler ici, la contribution coloniale (
600 000 hommes, 8% des effectifs sous les drapeaux)
représentait pour les populations antillaises
et africaines peu nombreuses, un effort surhumain.
A
titre comparatif, les Anglais qui bénéficiaient
de l'apport des dominions et de l'Inde, n'ont mobilisé
en Afrique que 30 000 hommes employés uniquement
sur le sol africain : occupation du Togo conjointement
avec les forces françaises ; conquête difficile
du Cameroun allemand terminée en février
1916 ; prise héroïque de l'Afrique orientale
allemande dirigée par le général
von Lettow-Vorbeck disposant de 16 000 hommes face à
une coalition sud-africaine ( 57 000 soldats, 250 000
auxiliaires et 700 000 porteurs) menée par le
général sud-africain Jan Smuts qui, avec
le général belge Tombeur, fit capituler
les Allemands seulement le 25 novembre 1918 soit…14
jours après l'armistice européen ! Ce
conflit se solda par 47 000 morts du côté
anglais, par 12 000 morts africains et... 2000 Européens
du côté allemand (H.Almeida-Topor).
Document 4 :
rappeler aux élèves que la noire hécatombe
en Europe n'a pas altéré le loyalisme
des troupes coloniales. Comparativement aux milliers
de mutineries françaises traduisant un "ras-le-bol
", une lassitude générale, on dénombre...
une seule mutinerie coloniale chez ces chairs à
canon qui, même en lambeaux, s'accrochent encore
à leur dignité d'homme. En août
1917, le 61ème BTS,
le bataillon Malafosse " pète les plombs
" : les " Y'a bon" (6) arrêtent
de faire les…Zouaves et disent distinctement "
Y'a pas bon "par exaspération, par écśurement
face à ce "sang inutilement versé".
L'historien Marc Michel conclut clairement : "
Ce fut une crise de confiance et non une crise de prise
de conscience anticoloniale ".
2-3 Mobilisation financière et économique
:
de l'impôt du sang à l'encaissement
du franc.
- Exploiter le dossier module du Manuel d'Histoire, Hatier p. 198-199
( document 27 )
Comme la Métropole soumise à la guerre totale, les Colonies,
elles-aussi, se plièrent à une contribution
multiforme. Un gros effort financier fut demandé
à tous. Citoyens, non-citoyens, gouvernements
coloniaux, tout le monde devait payer !
Hélène
d'Almeida-Topor écrit que la participation aux
emprunts de guerre de l’AOF s'élevait à
31 millions de francs, celle de l’AEF: 7 millions, Madagascar
: 37. Mais l'Algérie seule a émis les
deux tiers du total fourni par l'ensemble de l'empire
soit 963 millions de francs alors qu'elle n'avait reçu
de la France, recrutement et pensions compris, que 120
!
Les Antillais participèrent également aux importantes
souscriptions à l'emprunt de la Défense
nationale. Les fonds étaient recueillis soit
par la Croix-rouge, soit par les Banques de la Guadeloupe,
de la Martinique et le montant des souscriptions était
indiqué dans les journaux.
Dans Historial
Antillais, les auteurs précisent que le montant
qui s' élevait au 1er août 1915 à
plus de 310 0(0 Francs avait été à
l'origine d'une polémique quand Guadeloupéens
et Martiniquais apprirent que cette somme, destinée
en principe aux " POM " sur le front avait
servi , en fait , à reconstruire la ville française
d'Etain !
On assista, bien entendu, à l'augmentation des impôts directs
et indirects: en AOF, l'impôt personnel augmenta
de 33 % en 1913 à 44, 6 % en 1918 ! La Colonie
ne doit pas oublier non plus l'appel : "Ils donnent
leur sang, donnez votre or " mes trésors
!
Il fallait donc payer mais aussi produire : diapositive 3 sur
les flux commerciaux.
Les exportations de matières premières, en dépit
des difficultés évidentes d'acheminement,
enregistrèrent des augmentations sensibles et
des transformations "pénibles" : en
AOF, implantation de nouvelles cultures, par exemple
celle du ricin dont l'huile était employée
en aéronautique. Au Dahomey, peine d'amende,
voire d'emprisonnement pour les paysans récalcitrants
! Si les matières premières: coton d'Egypte,
cacao de la Gold Coast intéressaient les Anglais,
les oeufs du Maroc ,les céréales et cuirs
du Maghreb, la viande de boeuf de Nouvelle-Calédonie,
le vin d'Algérie et le rhum des "Vieilles
Colonies" étaient plutôt appréciés
des Français.
« Au front
l'alcool avait toutes les vertus. La gnôle réchauffait
quand on avait froid, soutenait quand on avait faim,
réveillait quand on était las ; cela remplaçait
le pain, la viande, le charbon, le repos... Alors, nos
chefs étaient criminels quand ils faisaient augmenter
notre ration » ?
R.Dorgelès,
Le Canard Enchaîné, 9/4/1919.
A ce titre le document 5 permet de voir, pendant et après
la guerre, les fluctuations de la production de rhum
réquisitionné par le pouvoir colonial.
- Rappeler à nos " petits poilus"
particulièrement intéressés, les
applications multiples : explosifs, armement, besoins
pharmaceutiques...
- Ne
pas oublier les conséquences sur le terrain :
ruée sur la monoculture de la canne,
diminution de la production vivrière, perturbations de l'économie
locale...
- Insister sur
l'année 1922 où la production rhumière
de la Guadeloupe a atteint le chiffre
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