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L'Histoire et Géographie en Martinique

Histoire-Géographie en LP
Les ressources pédagogiques (collèges, Lycées)
 
POPULATION ET DÉVELOPPEMENT EN CHINE :
PRODUIRE , SE REPRODUIRE ?

P. Trollier, professeur à l'INALCO,
Conférence du 15/12/99, IUFM, Fort de France
Compte-rendu de Y. Marcelle Richer-Genteuil, Lycée de Bellevue

 

Dans le pays du milliard dépassé d’habitants, « produire, se reproduire » est la contradiction principale, dans le contexte du développement, aussi bien en Chine que d’autres pays du Tiers-Monde.

Comment concilier, résoudre cette contradiction dans le contexte chinois ?

La reproduction peut-elle stimuler la production ?

Le développement peut-il tempérer la reproduction ?

Pour le développement, peut-on laisser faire la reproduction ?

A partir de la fondation de la République, des tentatives de solutions ont été mises en oeuvre dans la cadre d’un drame qui s’est déroulé en 6 actes.

1er acte : 1949 – 1957.


Début de la République populaire à la fin du 1er plan quinquennal modèle soviétique.
La natalité atteint son maximum avec 45 ‰
, alors que la mortalité se situe à 26 ‰, la croissance démographique s’élève donc à 1,9% ce qui n’est pas énorme : c’est le schéma caractéristique de la plupart des pays du Tiers Monde à l’époque. Quelques années après, la mortalité tombe à 18‰. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation : la paix, le développement de l’action sanitaire à l’instigation de la République. Mais la natalité se maintenant à un très haut niveau, l’accroissement naturel demeure considérable. C’est ce que montre le premier recensement réalisé en 1953. Les résultats n’ont pu être exploités que trois années plus tard. Ils sont discutables mais précieux. Ils ont permis une prise de conscience de l’évaluation réelle de la population par les autorités. Estimée à 500 millions d’habitants au début de la République, la population chinoise comptait en réalité 600 millions d’âmes : ces 100 millions inattendus firent l’effet d’une bombe, aussi bien en Chine qu'à l’étranger : c'est le renouveau du « péril jaune » doublé du « péril rouge » qui déferla sur l'armée américaine pendant la guerre de Corée. Ce fut une bombe pour les dirigeants chinois eux-mêmes, en pleine réalisation du plan quinquennal. Ils parviennent difficilement à persuader Mao, nataliste dogmatique, de mettre en place d’une campagne d’éducation pour le contrôle des naissances. Dans la population, paysanne viscéralement nataliste, l’application est difficile : mentalité réfractaire, moyens matériels insuffisants. Cette campagne lancée en 1956, va « avorter ». Mao entreprend alors une « purge de la Chine » en éliminant les responsables. La natalité libérée repart de plus belle.
 
2e acte : 1958-1962


Le Grand Bond en avant : tentative de construction de l’utopie. 
Cette période se traduit par une mobilisation de la population qui doit travailler 15 heures par jour pour le développement. La politique menée répond à l’adage de Mao « plus la population est nombreuse, plus l’enthousiasme est grand, plus l’énergie est forte. » Entre 1959 et 1961 la Chine connaît une famine généralisée qui causera des millions de morts. Elle a pour conséquence, l’explosion de la mortalité et l’effondrement de la natalité et une croissance négative de la population chinoise chiffrée à la fois par les Chinois et les Américains. En effet, la Chine a enregistré 30 millions de « manque à naître » et une surmortalité de 35 millions de personnes. Soit l’équivalent du nombre total de morts dans le monde pendant la 2e Guerre mondiale. A partir de 1962, la situation se rétablit avec une « récupération des naissances » différées. C’est la « revanche des berceaux » ou « les bouchées doubles » qui a pour conséquence une véritable explosion démographique. Entre 1962 et 1965, le taux de natalité atteint 50‰, soit 25 à 30 millions de naissances par an. La mortalité retombe car la population est jeune. La croissance démographique est donc explosive. Ce phénomène obère encore aujourd'hui le développement de la Chine. En 1965, on parvient à nouveau à persuader Mao de la nécessité de mettre en place une nouvelle campagne de contrôle des naissances. Elle bénéficie désormais de l’expérience de la 1ère tentative ; des démographes procèdent à des études, des spécialistes lancent la fabrication industrielle de stérilets perfectionnés, « permanents » car difficiles à ôter, surnommés « le scarabée du Hunan » et fabriquent à Shanghaï la première pilule chinoise (que les gens ne veulent pas). Ce dispositif technique et scientifique est accompagné par un dispositif social qui consiste à convaincre les filles de reculer l’âge du mariage qui, fixé à 16 ans passerait à 23-24 ans et à 26 ans pour les garçons, ce qui pourrait permettre d'éviter 2 ou 3 enfants naturellement. Cette pression sociale est rendue possible dans le cadre de la collectivisation des campagnes à tous les niveaux de la production sous le contrôle du cadre du Parti Communiste et également par la surveillance mutuelle (la délation) à l’usine. Quand deux jeunes gens flirtent, ils sont convoqués et s’ils persistent, le garçon est envoyé par exemple en Mandchourie et la fille à Canton. Ce système a bien fonctionné dans les villes, mais pas dans les campagnes, où la surveillance était plus difficile.
  3e acte : 1960-1970.

La révolution culturelle.

Pendant cette période les villes ont connu une grande agitation, mais les campagnes ont été tenues à l’écart. Le mot d’ordre de Mao aux gardes rouges était : « liquider les vieilleries de la Chine », c’est-à-dire, les traditions sous toutes leurs formes. Il s’est traduit notamment par l’assassinat des intellectuels...

Cependant, le « natalisme » n’a pas été touché. La natalité a donc repris son libre cours et pendant ces quatre années la Chine a connu une nouvelle marée haute de sa démographie.

A partir de 1970, la situation se rétablit.

4e acte : 1970-1980.


Période décisive sur le plan démographique.

La troisième campagne de contrôle des naissances est lancée. Elle profite des avancées scientifiques et techniques dans le domaine médical ainsi que du nouveau contexte de la politique internationale (entrevue Mao – Nixon). Le stérilet est généralisé de gré ou de force, la stérilisation massive est pratiquée de gré ou de force, l’avortement est autorisé à n’importe quel moment de la grossesse, en cas d’échec les deux méthodes précédentes (plusieurs millions de cas). Le recul de l’âge du mariage est impératif. La coercition est infligée aux femmes afin lutter contre les mentalités natalistes.

De 1971 à 1980, soit en une décennie, la Chine réduit de moitié son taux de natalité. De 35 ‰ à la fin de la Révolution culturelle, il chute à 18 ‰ ; le taux de mortalité restant très bas : 8 ‰ (population jeune).

Seul le Japon avait accompli une telle prouesse, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entre 1947 et 1957, sous la pression des Américains (avortement généralisé).

5e acte : 1980 à nos jours.


Rien n’est réglé.

Dès le début des années 80, les démographes annoncent un nouveau baby-boom pour 1986-1987. Les classes pleines de l’après Bond-en-avant, 300 millions de petits Chinois nés dans les années 60 arrivent dans les années 80 à l’âge du mariage et de la reproduction. Ces classes pleines apportent des contingents de femmes en âge de procréer qui sont le double de celles de la période précédente.

Pour faire face à ce grave problème, la Chine invente un dispositif unique dans l’histoire de l’Humanité : « la politique de l’enfant unique » pour les nouveaux couples des années 80. Ceux qui se marient sont contraints de signer un contrat de l’enfant unique. Ceux qui refusent, s’ils ont un enfant connaissent de graves difficultés. Ceux qui signent reçoivent : primes, incitations matérielles diverses, accès au logement, la priorité pour la scolarisation et les études universitaires de leur enfant (tout ce qui est rare en Chine). Si un 2e enfant survient dans le couple, il est contraint de rembourser tous les avantages perçus, ils subissent des pertes de salaire.

Ce système a bien fonctionné dans les villes, les enfants uniques («petits empereurs») sont facilement repérables.Dans les campagnes, les couples souhaitent à tout prix un garçon, celui-ci devant prendre soin des parents à leur retraite. « Faire une fille, c’est jeter de l’eau par terre ». La fille quitte la famille pour intégrer celle de son mari. Aussi, lorsque le premier enfant est une fille, c’est le drame absolu. Les familles pratiquent l’infanticide des filles ou les abandonnent, afin de pouvoir tenter de procréer un garçon. Toutefois, de plus en plus on les laisse vivre « clandestinement », elles ne sont pas déclarées à l’état-civil, ne vont pas à l'école, ce sont les « enfants de l’ombre ». Elles finissent par être intégrées, mais pas en totalité. Les démographes chinois estiment qu'il y auraient actuellement 100 millions de bébés " au noir", essentiellement des filles. A partir du début de la décennie 90, on a autorisé les ménages paysans à faire un 2ème enfant si le 1er est une fille. La majorité des ménages paysans ont 2 à 4 enfants. La politique de l'enfant unique a donc été un échec dans les campagnes.

Cette politique est d’autant plus contradictoire, qu’elle a été mise en oeuvre à peu près en même temps que la suppression des communes populaires entreprise dans les années 80 : l'encadrement des paysans a disparu et les contrôles se sont révélés insuffisants. Dans les villages, les responsables du planning familial ont eu une action difficile. Politique agraire et politique démographique opposées ont été la cause principale de l’échec du contrôle des naissances dans les campagnes.

Le 6e acte ?


Pour les démographes, dans une vingtaine d’années la plupart des 80 millions de fils uniques nés pendant cette période, ne trouveront pas de femmes en Chine. La solution ne serait-elle pas de pratiquer la polyandrie tibétaine : une femme pour 4 hommes ?

Conclusion

La Chine a accompli sa transition démographique en 50 ans, alors que l’Europe occidentale a mis 150 ans. Ne faut-il pas chercher là une des causes des échecs rencontrés par les dirigeants chinois depuis 1949 ?

*INALCO : Institut National des Langues et Cultures Orientales.