LA
MISE EN UVRE DE L'ECJS EN LYCEE,
Compte-rendu
du séminaire tenu à l'IUFM de Fort de
France le 6 décembre 1999,
sd. Jacques GUIN et René REVOL, du GTD-ECJS.
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| THÈME
1 : L'ECJS : UN ENSEIGNEMENT ET NON UNE DISCIPLINE.
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L'ECJS n'est pas une discipline, c'est un enseignement,
mais ce n'est pas un enseignement d'éducation
civique ou d'instruction civique car on y a ajouté
la dimension juridique et sociale. Son entrée
dans les lycées est prévue pour la rentrée
2000, Ce qui se fait déjà dès l'année
scolaire en cours permet tout à la fois de répondre
à l'impatience de ceux qui voulaient introduire
l'éducation civique au lycée, et de mener
un certain nombre d'expériences.
Février
1999 : mise en place d'un GTD (Groupe Technique Disciplinaire)
pour l'ECJS.
2
juillet 1999 : le Conseil Supérieur de l'Education
adopte le programme de seconde.
15
septembre 1999 : parution du document d'accompagnement.
Dès
septembre 99 : mise en uvre d'actions de formation.
Les professeurs concernés sont ceux de Philosophie,
de SES, et d'Histoire-Géographie
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| POINTS
DE REPERES POUR CONSTRUIRE LE PROGRAMME
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Le programme d'éducation civique de collège
est solide. L'élève qui entre en seconde
n'est pas vierge de toute connaissance. Que faut-il
lui proposer en lycée ?
1.Dans
nos sociétés en mutation rapide, ne conviendrait-il
pas d'enseigner comment bien se conduire en société,
comme une discipline à part entière (Lettres,
Histoire
).
2.Un
enseignement spécifique d'éducation civique
est-il nécessaire ? Ne suffirait-il pas d'enseigner
la dimension civique qui existe dans chaque discipline
(exp : en SVT, on parle d'environnement, d'éthique
etc) ?
3.La
consultation Meirieu dans les lycées a montré
que les élèves souhaitent être informés
sur le droit, et pouvoir participer à des débats
sur les questions de société, auxquelles
ils sont confrontés, avec en même temps
un souci d'allègement des programmes.
4.Au-delà
de l'école, l'idée d'enseigner l'éducation
civique est une idée populaire. L'éducation
civique est une commande de la société,
imprécise, d'ordre social, conservatrice, scolaire
(l'école recourt à cet enseignement pour
socialiser les enfants). C'est aussi une demande
familiale (" l'école n'a qu'à
éduquer les enfants "). Les élèves
sont en attente de repères ( ils sont confrontés
à des problèmes d'adultes, plus tôt,
et dépendent de leurs parents plus longtemps
qu'auparavant).
5.Il
est clair qu'une demi-heure par semaine ne peut permettre
de répondre à toute cette demande. Si
l'école ne doit pas dédouaner la société
de sa tâche dans ce domaine, elle doit cependant
apporter sa contribution.
6.Il
s'agit d'une uvre éminemment politique, au sens
noble, au sens grec du terme. Pendant un mois, il a
d'ailleurs été question d'ECJP (Education
Civique Juridique et Politique). Le P a été
remplacé par un S, mais dans l'esprit, social
veut dire politique.
7.
Les contraintes : elles sont nombreuses.
Il
ne fallait pas alourdir les programmes. La question
du droit : Il s'agit de permettre aux élèves
de s'intéresser au droit en débattant
de problèmes qui les intéressent. Mais
il convient d'être prudent sur le droit au lycée.
Il s'agit d'enseigner le sens du droit et non
les techniques du droit. Trois exemples tirés
de l'actualité :
-les
licenciements chez Michelin (une grosse entreprise,
qui enregistre d'importants bénéfices,
décide de licencier une partie de son personnel).
Cette affaire amène à réfléchir
sur le droit du travail.
-L'incendie
dans le département greffe de moelle de l'Hôpital
St Louis : il est urgent de reconstruire très
vite, donc en ne respectant pas toutes les procédures
prévues par la réglementation.
-La
presse, qui fait l'opinion trop vite, amène beaucoup
de gens à adhérer au droit d'ingérence,
qui pose de graves problèmes.
8.Beaucoup
de nos lycéens ont le droit de vote.
9.Dernier
point de repère : le Conseil National des Programmes
dit qu'il faudra répondre à la demande
des lycéens de débattre en renforçant
la pratique de l'argumentation. Cette exigence implique
:
-Le
choix de notions adaptables de façon à
pouvoir être illustrées différemment
selon les clases, les spécificités locales,
l'actualité.
-L'audace,
pour faire place à des thèmes porteurs
de différends, afin que les questions soient
abordées dans le respect des opinions d'autrui.
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| LE
GROUPE TECHNIQUE DISCIPLINAIRE (GTD)
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La composition du GTD reflète bien le souci de
répondre aux multiples exigences du projet. Aux
côtés des deux intervenants, Mr Jacques
GUIN, professeur d'Économie à l'Université
de Montpellier et René REVOL, professeur de SES
en classes prépa de Nîmes (formation universitaire
en Histoire et Philosophie), on trouve :
-Un
professeur-chercheur en Histoire,
-Un
professeur-chercheur en Sociologie.
-Un
spécialiste sur la presse et les sociétés
contemporaines.
-Un
Professeur de Géographie de Paris 8, spécialiste
d'Aménagement et d'Urbanisme.
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| LES
PROPOSITIONS DU GTD |
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ll faut refuser d'enseigner au lycée, une citoyenneté
qui s'apprendrait à l'école comme une
recette, avant d'être vécue dans la vie.
Il ne s'agit pas d'inculquer des principes qui seraient
mis en uvre plus tard, comme cela se faisait autrefois,
à une époque où les élèves
étaient minoritaires, dans un environnement différent.
On
ne naît pas citoyen, on le devient par une conquête
permanente, le citoyen est actif, la citoyenneté
se construit. Le citoyen doit donc se former une opinion
et être capable de la faire valoir dans un débat
public.
Dans
la pratique qui consiste à transmettre un savoir,
succession d'évidences sanctionnées par
les autres, il y a une forme de pollution : le savoir
est détenu par des autorités, un savoir
délégué à " ceux qui
savent ". Enseigner l'ECJS dans cette optique conduirait
à former des citoyens passifs, des monstres.
Certes, le savoir se transmet, mais il ne s'arrête
pas à ce qui est transmis, il faut qu'il soit
reconstruit, approprié. Il s'agit de redécouvrir
ce qui a été fait en collège, mais
en se l'appropriant par le débat. L'ECJS s'inscrit
dans le cadre des innovations actuellement mises en
uvre (aide individualisée, heure de vie de classe,
TPE
) . Le dénominateur commun à tous
ces dispositifs, c'est la co-disciplinarité :
chaque discipline vient avec sa contribution en s'appuyant
sur les autres. Il n'y a donc pas de spécialistes
de l'ECJS, tout le monde y a sa place, il faut envisager
des séances avec plusieurs professeurs et des
intervenants extérieurs.
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| THEME
2 : LE PROGRAMME ET LES METHODES PEDAGOGIQUES
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| LE
PROGRAMME |
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Est paru au BO du 5 août 1999. Il a été
suivi d'un document d'accompagnement (50 pages) avec
fiches pédagogiques. Il y a un seul programme
pour les lycées et les lycées professionnels.
Classe
de seconde.
Il
s'agit d'opérer une rupture : l'élève
qui vient de 3ème se considère comme un
jeune adulte. Il faut donc opérer une redécouverte
de la citoyenneté à partir des grands
problèmes de la société. On peut
choisir des entrées très différentes.
Classe
de 1ère (septembre 2000).
Le
thème c'est l'exercice de la citoyenneté
: le problème de la participation des citoyens
à la vie publique. On ne peut pas échapper
au débat politique. Comment le citoyen détient
une part du pouvoir politique sous toutes les formes
possibles.
Classe
de terminale.
La
citoyenneté confrontée aux grandes mutations
du monde contemporain. Il faudra croiser les apports
des autres disciplines (biologie, environnement
).
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| QUELLE
METHODE ? |
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La méthode privilégiée est l'organisation
de débats argumentés en classe. C'est
un choix difficile car le débat argumenté
c'est le contraire du débat improvisé.
Le débat doit être organisé :
1ère
étape : choisir le thème.
Choix
du thème sur lequel portera le débat.
Ce choix doit répondre à 3 critères.
-Le
thème choisi est susceptible d'intéresser
les élèves, les thèmes doivent
donc être choisis par les élèves
sur une liste qui leur est proposée.
-Le
thème choisi doit permettre de parler de la citoyenneté.
-Le
professeur doit se sentir capable de mener le débat,
c'est lui le maître.
2ème
étape : la préparation du débat.
Exemple
: la petite délinquance.
Il
convient de définir les termes. Des petits groupes
de 3 ou 4 doivent étudier le phénomène
dans la presse, réfléchir sur les titres.
Un autre groupe peut étudier les formes de la
délinquance, les statistiques, découvrir
qu'il y a un usage social des chiffres. Les élèves
sortent de la représentation spontanée
pour arriver au jugement, ils passent du préjugé
au jugement : ils découvrent que ce qu'ils croient
n'est pas forcément la réalité.
Tout
ce travail a pour objectif de construire des arguments
: la source de la délinquance c'est l'affaiblissement
de la famille, c'est l'affaiblissement du contrôle
policier, la montée de la pauvreté
Il
faut ensuite passer à l'argumentation :
-dire
en quoi le déclin de la famille est facteur de
délinquance,
-en
quoi la montée de la pauvreté est facteur
de délinquance.
3ème
étape : le débat.
Se
dire qu'on ne sera jamais prêt.
Un
élève préside le débat,
mais ce n'est pas forcément un règle,
on peut mettre un modérateur. Le professeur joue
le rôle de garant, son rôle est de faire
repartir le débat.
Ce
n'est pas un débat démocratique, car le
débat démocratique c'est pour décider.
Il
faut qu'il en reste quelque chose. Il faut une séquence
pour faire un bilan écrit, qui peut éventuellement
circuler.
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| NOTIONS
ET THEMES |
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Les notions, ce sont les notions finales sur lesquelles
on doit arriver. Les thèmes d'entrée sont
des cheminements par lesquels on doit passer.
Il
y a une notion centrale : la citoyenneté, qu'il
convient de redéfinir. Etre citoyen c'est définir
une parcelle du pouvoir. La citoyenneté c'est
le partage du pouvoir avec les autres. 6 autres notions
sont à mettre en relation avec la citoyenneté
:
-
Citoyenneté et civilité : Il ne peut y
avoir citoyenneté sans civilité car l'incivilité
dégrade les rapports sociaux, mais la citoyenneté
ne se confond pas avec la civilité.
-
Citoyenneté et intégration, dans le sens
social et national. La citoyenneté doit s'interroger
sur sa dimension sociale.
-
Citoyenneté et travail : le contrat de travail,
les formes d'emploi sont des thèmes d'entrée.
-
Citoyenneté et transformation des liens familiaux
: la citoyenneté est aussi dans la sphère
privée, la citoyenneté progresse lorsque
le droit pénètre dans le sphère
privée ; exp. Quels sont les droits et les devoirs
des jeunes avant ou après 13 ans, 15 ans, quels
sont les droits de l'enfant dans la cité, le
problème de la filiation
-
La notion de droit : qu'est-ce que le droit ? il n'y
a pas de société sans droit, droits de
l'homme et du citoyen, droits individuels, droits collectifs.
-
L'actualité peut être l'occasion d'utiliser
des sujets d'intérêt local.
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| LA
DISCUSSION |
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Le problème de l'évaluation.
Comment
évaluer l'ecjs en seconde ? Dans l'état
actuel du dossier, il convient de laisser au professeur
un maximum d'imagination et d'autonomie. Il faut cependant
éviter certaines dérives comme celle qui
consisterait à donner des notes d'opinion. L'évaluation
doit s'appuyer sur des bases objectives, comme le dossier
qui doit servir de base au débat (quantité,
qualité, originalité).
Il
faut évaluer de l'oral, des groupes, du travail
collectif. Il faut valoriser davantage les savoir-faire
et les savoir-être que les savoirs.
Il
faut évaluer de l'argumentation, comment ? Dans
l'argumentation, il y a deux aspects : il y a le raisonnement,
la mise en uvre d'éléments cohérents,
et il y a également la conviction. Il ne faut
pas privilégier la conviction (la séduction,
l'affect) par rapport au raisonnement, mais il faut
tenir compte des deux.
L'ecjs
peut aussi être l'occasion de réintroduire
le jeu. |
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