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L'Histoire et Géographie en Martinique

Histoire-Géographie en LP
Les ressources pédagogiques (collèges, Lycées)
 
LA MARTINIQUE PENDANT
LA SECONDE GUERRE MONDIALE
F. CHAFFAUD, Collège Petit Manoir, Lamentin
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Problématiques
Documents utilisés
Compétences


Introduction : l'entrée en guerre

- Quelles furent les réactions des Martiniquais face à la Seconde guerre mondiale ?

- Comment la Martinique réagit-elle face à l'imminence du conflit ?

- Annonce du conflit par le Gouverneur Georges SPITZ
- Chant : " En avant, Martinique "

- Sélectionner des informations
- Rédiger des phrases simples

I. Martinique "vichyssoise " ou Martinique "gaullienne"?

1.Pétain ou de Gaulle ?

2. La dissidence

- Collaborer ou résister : quel(s) choix pour les Martiniquais ? - Extrait de P. Chamoiseau, Chronique des sept misères
- Histoire d'Yvon Doppia
- Cartes
- Sélectionner des informations
- Rédiger des phrases simples
- Cartographier un parcours
- Rédiger un paragraphe (ou trouver son plan)
II. La société à l'épreuve de la guerre

1. Une société divisée

2. Une société économiquement désorganisée

- Quelles furent les répercussions de la guerre sur la société et l'économie martiniquaises ? - Rapport du commandant Tourtet
- Journal de l'abbé Rennard
- Sélectionner des informations
- Rédiger des phrases simples
- Compléter un tableau
- Rédiger un paragraphe (ou trouver son plan)

Ouvrages utilisés pour constituer la séquence :
- J. ADELAÏDE, Les Antilles françaises de leur découverte à nos jours, éd. Désormeaux, 2000, p. 20.
- P. CHAMOISEAU, Chronique des sept misères, Gallimard, p. 46-48
- C. CHAUVET, " La Martinique au temps de l'amiral Robert (1939-1944) ", Historial antillais, tome V.
- La Martinique du XXè siècle, France Antilles, Hors série, Janvier 2000.
- A. NICOLAS, Histoire de la Martinique. De 1939 à 1971, L'Harmattan, tome 3.
- G. PHALENTE (dir.), Les Antilles et la Guyane, CM, Hachette, 1990.
+ Stage d'Avril 2 000 sur l'adaptation des programmes (thème 1, document 2)

Pré-requis pour la mise en place de cette séquence : étude de la France dans la seconde guerre mondiale

 

Introduction : L'entrée en guerre.

Document 1 : Le Gouverneur Georges SPITZ annonce l'imminence du conflit à Fort de France, le 1er septembre 1939

Cette proclamation est affichée dans toutes les communes de l'île.

" Martiniquais, pour répondre à la menace allemande, la France a dû mobiliser toutes ses forces et se prépare à combattre à nouveau pour le droit et la liberté. Dans les graves circonstances que nous allons traverser, une discipline et une abnégation totales s'imposent à chacun de vous. L'Union de tous les Martiniquais est plus que jamais nécessaire pour répondre aux sacrifices que va nous demander la " mère patrie ".
Je suis sûr que vous répondrez tous à mon appel.
Votre ardent patriotisme de toujours m'en est garant.
Toujours debout pour la défense et la victoire de la PATRIE !
Vive la France !
Vive la Martinique ! "

C. CHAUVET, " La Martinique au temps de l'amiral Robert (1939-1944) ",
Historial antillais
, tome V, p. 417.

Document 2 : Mobilisation et propagande. Chant : " En avant, Martinique "

Refrain

En avant !
En avant Français !
Montons la garde autour de la France immortelle !
En avant Martiniquais !
Partons, partons là-bas, la France nous appelle...
En avant !
En avant Français !
Sus au teuton, sus à l'affreux vampire !
En avant les Antillais !
Vive la France, Amis, Vive l'Empire !

1er couplet

O France chérie
Nous voici, tes ardents défenseurs...
O Mère Patrie
Paysans, ouvriers et penseurs !
...
Il faut que tu vives
Toujours, oui, toujours
Prends nos forces vives ;
Objet des Amours !...

2ème couplet

Liberté fleurie
Nous serons tes vaillants bâtisseurs...
Pologne meurtrie
Nous vaincrons les sanglants oppresseurs ?...
Il faut que tu vives
Toujours, oui, toujours
Prends nos forces vives ;
Objet des Amours !..

cité in C. CHAUVET, " La Martinique au temps de l'amiral Robert (1939-1944) ",
Historial antillais
, tome V, p. 421

Questions
1. Quels sont les liens entre la France et la Martinique à la veille de la Seconde Guerre mondiale ?
2. Comment la Martinique réagit-elle face à l'imminence du conflit ?
3. Qu'en déduisez-vous au sujet des sentiments des Martiniquais vis-à-vis de la France ?

I. Martinique " vichyssoise " ou Martinique " gaullienne " ?

1. Pétain ou de Gaulle ?

Document 1 :

"Vers cette époque, il y eut un embarras d'Allemands qui attaquaient les gens dans les pays aux quatre saisons. Bien que nous n'ayons aucune famille là-bas, un Pétain Maréchal nous expédia ici-bas un Amiral nommé Robert, accompagné de soldats sénégalais et d'autres quantités de soldats. Son but, disait la Parole, était de mettre le pays dans un oeuf afin de pouvoir l'étouffer ou de le couver à sa guise, hors des Américains. Les journaux et la radio se mirent à encenser régulièrement ce Maréchal Pétain, dieu vivant sur la terre, Maréchal nous voilà, nous voilà, ô Papa de nous tous, auquel il nous fallait obéir. On parlait aussi, tout partout, dans la Quinzaine impériale, le Clairon, la Petite Prairie, les kermesses de scouts, les fêtes mutualistes, les chants ou les poèmes, d'une espèce de vakabon sans foi ni loi nommé de Gaulle, capable d'envoûtement par la simple entremise d'une émission radiophonique anglaise que des fous écoutaient secrètement, un soleil dans les yeux. Alors que nous n'avions rien misé dans l'histoire, l'Amiral Robert mit le pays sous coquille, et les Américains le couvèrent d'un blocus. Les soldats se mirent à tout réquisitionner (...)
Dès que Robert avait commencé son oeuf autour de nous, la dissidence était née. Aiguillonnés par les appels de Papa-de-Gaulle (un 24 du mois de juin, il s'adressa à nous, à nous oui ! À nous directement) des dizaines de bougres s'élançaient vers la France libre sur les yoles (bateaux) hasardeuses, se faufilaient sur les bancs de sable et les cuirassés de l'Amiral, pour affronter en masse le canal de la Dominique et les Allemands sur l'autre bord. La passe n'était assurée par quelques pêcheurs de Rive-Droite, de Case-Pilote, de Case-Navire, et permettait aux patriotes du centre de gagner les îles anglaises moyennant sel, viande, légumes ou bonne la monnaie.
"

P. CHAMOISEAU, Chronique des sept misères, Gallimard, p. 46-48

2. La dissidence

Document 2 :

Comme beaucoup de jeunes Martiniquais, Yvon Doppia a répondu à l'appel du 18 juin 1940. Il est ainsi parti en dissidence.

" Nous étions en novembre 1942. J'avais 17 ans et en classe au Lycée Schoelcher. Des jeunes qui étaient partis à la Dominique ou à Sainte Lucie, on en parlait un peu et j'avais des copains comme Jean Volny qui avaient réussi. Un jour, j'ai décidé de partir. Comme eux, j'ai essayé de partir par le Sud et je me suis rendu à Sainte Luce. J'y ai passé deux jours. Impossible de partir, le " Barfeur " surveillait les côtes. Je suis rentré à Fort de France chez Mme Volny. Quelques jours plus tard, je suis allé voir le tailleur de mon père, il s'appelait Mr Abott et était d'origine dominicaise. Il m'a dit que si je voulais partir, il connaissait des pêcheurs dominicais qui lui portaient du tissus en contrebande et qu'ils arrivaient bientôt au Marigot. Un jour, il m'a fixé un rendez-vous pour le lendemain à deux heures du matin sur la plage du Marigot. J'ai pris un bus.
Sur la plage du Marigot, j'ai rencontré Firmin Fondelot et nous sommes partis avec les pêcheurs dominicais. J'avais dérobé le pistolet de mon père et c'est ce que j'ai donné comme paiement. On savait que le canal de la Dominique était dangereux parce qu'on y coulait les barques. Plusieurs avaient perdu la vie comme cela. Les pêcheurs ont fait toute la traversée à la rame. Au bout de douze heures, nous sommes arrivés à Roseau. Il était 14 heures. Là, nous sommes allés voir les autorités dans un camp dirigé par Mr Peronnette et nous avons été embrigadés là. J'ai triché sur ma date de naissance pour signer mon engagement. En 1943, des hommes comme Marcel Manville, Frantz Fanon, Pierre Mozole sont arrivés. Nous nous connaissions déjà et étant tout le temps ensemble, on nous appelait : " les trois mousquetaires ".
Nous sommes revenus à la Martinique quelques six mois plus tard pour former le bataillon et nous sommes partis en convoi pour le Maroc... Nous avons été séparés et je me suis retrouvé à Alger, puis en Corse, pour nous préparer pour le débarquement d'août 1944 à sainte-Maxime. Nous faisions partie de la 9è division d'infanterie coloniale avec Firmin Fondelot, Zami, Edwige et un Guadeloupéen, Clarin ".


Yvon Doppia, La Martinique du XXè siècle, France Antilles, Hors série, Janvier 2000

Questions

Document 1

1. A quelle époque se situent ces faits ?
2. Qui dirige la Martinique ? Grâce à qui ? Qu'en concluez-vous ?
3. Qui est " l'espèce de vakabon sans foi ni loi nommé de Gaulle " ? Qu'a-t-il fait ? Pourquoi ?

Document 2

A partir de la lecture du document, reconstituez sur les cartes le parcours du jeune Doppia.

Paragraphe
A l'aide des réponses aux questions précédentes et grâce à vos connaissances, vous direz pourquoi les Martiniquais furent confrontés à plusieurs choix politiques pendant la seconde guerre mondiale.

 

II. La société à l'épreuve de la guerre

1. Une société divisée

Document 1 : rapport du commandant Tourtet (1) sur les événements qui précédèrent le ralliement de la Martinique à la France combattante

"... Situation le 29 juin 1943.
La population civile, soumise à des restrictions sévères et mal réparties depuis de longs mois est mécontente. Son inaction, son isolement dans le grand mouvement de patriotisme qui rallie autour du Gouvernement d'Alger (2) la presque totalité de l'Empire, son amour propre et les maladresses répétées de l'Amirauté et du gouverneur n'ont fait qu'aggraver son mécontentement.
La Marine de guerre qui représente à Fort de France un gros effectif (2 500 marins environ) se conduit en une véritable armée d'occupation.
Les postes importants (information, ravitaillement, etc.) sont entre ses mains.
Elle se réserve la part du lion, grâce à ses camions et ses vedettes qui drainent à travers et autour de l'île des produits alimentaires, achetés à n'importe quel prix, provoquant ainsi une hausse continuelle du prix de la vie et une raréfaction des denrées. Les soldes et les primes d'entretien de cette marine dépassent de 50 à 100 % celles du personnel de l'Armée de terre.
Quoique plusieurs centaines de marins et quelques officiers soient partis " en dissidence (3) " et que de nombreux autres attendent l'occasion de les suivre, les cadres supérieurs de la Marine entretiennent dans les équipages et dans les dépôts une mentalité hostile à la population de couleur.
Ces marins, qui ne naviguent plus depuis longtemps, qui ont les poches pleines d'argent, étalent devant une population misérable, avec un cynisme inconscient, une oisiveté et une débauche qui déconsidèrent l'Européen aux yeux de tous.
La collusion de l'Amirauté et des hauts officiers maritimes avec les gros planteurs créoles (appelés aussi bequets (4)) est notoire, et l'amiral vit dans une ambiance de fête, d'abondance et de réceptions, isolé par cette ambiance et ignorant des souffrances de la population et de la rancoeur de l'Armée, traitée sans aucune considération.
La sûreté navale (5) formée d'éléments équivoques... agit en véritable Gestapo (6).
Les conversations privées, les correspondances sont espionnées et de nombreuses personnes ont déjà été internées ou reléguées pour attentat à la sûreté de l'État. L'atmosphère est devenue irrespirable et chacun se méfie, même de ses meilleurs amis."

Cité in E. Honorien, Le ralliement de la France combattante, tome 1, p. 8-9
et reproduit in J. ADELAÏDE, Les Antilles françaises de leur découverte à nos jours, Éd. Désormeaux, 2 000, p. 20

1. Commandant Tourtet : Il s'était placé à la tête de la garnison du camp de Balata, révoltée contre l'Amiral Robert. Il fut tué lors des combats de la Libération du Royan, dans le Sud-Ouest de la France, le 15 avril 1945. Le camp de Balata reçut la dénomination de " camp Tourtet ".
2. Autour du Gouvernement d'Alger : Il y avait en réalité à cette date un " Comité français de Libération nationale ", représentant divers courants en lutte contre l'occupation allemande. La majeure partie de l'empire colonial français s'était ralliée à ce comité qui siégeait à Alger. (Depuis novembre 42, l'Afrique du Nord était contrôlée par les Anglo-Américains).
3. Partir en dissidence : rejoindre les Forces Françaises Libres qui, sur divers fronts, participaient, aux côtés des Alliés, à la lutte contre les Allemands.
4. Béquets : ou békés.
5. Sûreté navale : police maritime, chargée en principe de la surveillance des marins.
6. Gestapo : police allemande.

2. Une société économiquement désorganisée

Document 2 : la vie quotidienne à Trinité, de 1942 à 1943

"L'année 1942 (...) fut une année de restrictions à tous points de vue... On a manqué de pain, de viande, de poisson, de morue, de légume. Manque de vêtements (...), de chaussures (...), manque de bois, de ciment pour les constructions, manque de livres pour les étudiants, de papier, de plumes, d'encre, manque de gazoline (1) pour les autos et surtout de pneus. Trois voitures par semaine seulement partent de Trinité pour la ville (2). Il y a eu des bagarres pour l'embarquement ; les voiture sont prises d'assaut dès trois ou quatre heures du matin. On a dû s'inscrire à la police pour avoir place sans désordre (...) Les prix montent tous les jours. Les oeufs se vendent 2,50 F à 3 F pièce. (...)
Juillet 1943 - (...) Les oeufs se sont vendus jusqu'à 10 F pièce. (...) Pour remédier à la pénurie universelle, on a utilisé les produits de remplacement. On a fait du vin d'oranges et d'ananas, du sel avec de l'eau de mer (mais trop souvent, il donnait la colique), de l'huile avec des cocos secs. On a aussi utilisé le jus de coco pour faire le savon.
"

Journal de l'abbé Rennard (Archives diocésaines de Fort de France,
paroisse de Trinité, registre 1912-1968 du Conseil Paroissial)
cité in G. PHALENTE (dir.), Les Antilles et la Guyane, CM, Hachette, 1990.

1.Gazoline : essence.
2.La ville : ici, Fort de France.

Questions
Document 1
1. Reproduisez et complétez le tableau ci-dessous en reportant dans chaque colonne les mots qualifiant chacune des catégories de population.

Marine de guerre
Békés
Population civile
Armée de terre
       

2. Quelle vision de la société martiniquaise pendant la seconde guerre mondiale ce texte donne-t-il ?

Document 2
1. De quoi les Martiniquais manquent-ils ? (Vos ordonnerez vos éléments de réponse de la façon la plus précise possible)
2. Quelles conséquences cela a-t-il ?


Paragraphe
A l'aide des réponses aux questions précédentes et grâce à vos connaissances, vous direz pourquoi la société et l'économie martiniquaises furent bouleversées lors du second conflit mondial.