Synthèse du colloque inter-académique qui s’est
déroulé à Caen du 10 et 11 mars 2005,
établie par Yvan BERTIN, lycée de Bellevue.
Ce colloque
a pour objectif de revisiter la notion de territoire. Pourquoi
interroger à nouveau cette notion ?
Parce que :
- La notion de «territoire» a évolué,
- Les acteurs qui font le territoire sont de plus en plus
nombreux,
- Les sociétés se «re-territorialisent
» (nouvelles formes d’organisations territoriales,
nouveaux cadres de gestion des territoires…).
Trois
objectifs ont été dégagés :
- Mettre à jour les connaissances sur les territoires,
- Préciser les enjeux éducatifs et civiques
liés aux territoires,
- Définir des stratégies d’enseignement
pour les « nouveaux » territoires.
Des comptes
rendus des différentes interventions de ce colloque
à Caen et des trois autres colloques inter-académiques
sur le même thème sont disponibles sur les sites
des Académies de Dijon et de Versailles :
http://webpublic.ac-dijon.fr/pedago/histgeo/Territoires/Territ1.htm
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/gephg/pedagogie/territoires.htm
Il nous
semble intéressant de présenter ici non pas
un résumé du colloque mais une réflexion
sur le thème du territoire et de comprendre la genèse
de cette récente terminologie : les « nouveaux
territoires ».
Comment
le territoire est-il devenu pluriel ? Pourquoi certains territoires
peuvent-ils être qualifiés de « nouveaux
» ? Quelle appropriation pédagogique en faire
pour les enseignants ?
I. Du
territoire aux territoires
Traditionnellement
le territoire s’identifie au territoire de l’Etat
sur lequel ce dernier exerce son autorité. Le territoire
se confond alors avec l’espace national. L’Etat
peut agir sur cet espace à travers sa politique d’aménagement
du territoire.
• Le territoire de la DATAR
La DATAR
(Délégation à l’aménagement
du territoire et à l’action régionale)
est le principal organe de réflexion et de mise en
œuvre de la politique d’aménagement du territoire.
La politique d’aménagement du territoire émane
de choix politiques, elle n’est donc pas neutre.
Son objectif
selon Roger Brunet est « d’améliorer la
performance du territoire ».
Des années
1950 au milieu des années 1970, la politique d’aménagement
du territoire a eu pour objectif d’équiper, d’équilibrer
le territoire et de répartir les fruits de la croissance
(déconcentration de l’industrie, aménagement
touristique du littoral, politique des villes nouvelles...).
A partir du milieu des années 1970, la crise économique
impose d’ « éteindre les incendies »
et de sauvegarder l’emploi (création de pôles
de conversion, abandon des procédures d’agrément
pour l’Ile-de-France, politique de la ville pour lutter
contre la dégradation de la situation dans les banlieues…).
Le site
de la DATAR possède un accès enseignant avec
des cartes, des résumés d’ouvrages, des
liens internet :
http://www.datar.gouv.fr/datar_site/datar_framedef.nsf/webmaster/
enseignants_framedef_vf?OpenDocument
ou
http://www.datar.gouv.fr/Datar_Site/Datar_Enseignants.nsf/
Frameset_Actus?readform&ID=CLAP-678EUQ&
• La complexification du territoire
A partir
des années 1980, la gestion des territoires se complexifie.
- L’échelon
régional s’affirme avec la décentralisation
en 1982.
- L’ouverture des frontières, tant au niveau
de l’UE, qu’au niveau mondial, entraîne
une concurrence accrue entre les territoires.
- Le poids de l’UE dans la politique d’aménagement
du territoire s’affirme avec les politiques sectorielles
et les fonds structurels.
- Des attentes nouvelles de la société émergent
(aspiration à vivre et à « travailler
au pays », réflexes territoriaux de repli par
rapport à l’ouverture des frontières,
préoccupation grandissante pour les questions d’environnement…).
En conséquence,
le territoire apparaît dorénavant comme l’affaire
de multiples acteurs. Il ne se décline plus uniquement
à l’échelle nationale mais aussi à
l’échelle locale, régionale, européenne
et mondiale.
La notion de territoire s’en trouve donc enrichie. D’une
portion d’espace terrestre administré par une
autorité, le territoire devient aussi un espace fonctionnel,
socialisé et approprié.
Par ailleurs, la recomposition des territoires vécus,
principalement autour des pôles urbains (voir la carte
suivante) met en évidence de nouvelles organisations
spatiales.

Un nouvel objet d'étude pour la Géographie .
En Géographie, la notion de territoire est mise à la mode dans les années 1980, parallèlement à l'affirmation de la Géographie comme Science sociale. Après s'être intéressé aux relations entre les hommes et leurs milieux, aux modes d'organisation de l'espace, la Géographie se penche aujourd'hui sur les espaces humanisés, considérés avant tout comme le produit des sociétés qui les occupent. Le territoire peut être considéré aujourd'hui comme un nouveau paradigme de la Géographie.
Cette citation peut en témoigner :
«Vécu tout autant que produit, le territoire traduit le lien primordial de l'Homme et de la Terre. Il reflète le besoin d'enracinement que manifeste l'individu contemporain très mobile, confronté à l'élargissement de son univers relationnel».
Guy Di Méo, Géographie sociale et territoires , Nathan, Paris, 1998.
La notion de territoire devient donc une notion centrale en Géographie
II. De nouveaux territoires
La terminologie « nouveaux territoires » doit maintenant être précisée. Elle ne recouvre pas toujours les mêmes réalités.
Des territoires nouveaux pour la recherche en Géographie
Les évolutions spatiales que connaissent la France et le monde ces dernières années ainsi que la complexification des territoires présentée précédemment poussent les Géographes à définir certains territoires comme « nouveaux ». Il s'agit par exemple des régions dynamiques marquées par les logiques technopolitaines, les aires périurbaines en expansion qui définissent des territoires vécus autour de pôles urbains, des campagnes redynamisées par l'arrivée de nouveaux habitants
Une approche renouvelée du territoire
Face à ces mutations, la logique de l'aménagement du territoire doit être repensée ; d'autant plus que le contexte économique moins favorable impose une réduction des finances et le retour de politiques économiques plus libérales visant à libérer les forces vives de la Nation, à favoriser les initiatives locales
Une nouvelle logique d'aménagement du territoire se met en place
ETAT
PLANIFICATION DESCENDANTE ....PLANIFICATION ASCENDANTE
LOGIQUE DE « GUICHET » ..............LOGIQUE DE « PROJET »
........ ................................
.....TERRITOIRE +...................................... ACTEURS
La logique de projet favorise l'émergence de territoires. L'Etat ne finance plus d'office mais uniquement lorsque des projets émanant de collectivités locales sont mis en place. Cette planification ascendante demande plus de concertation entre les différents acteurs du territoire. Elle apparaît cependant comme plus démocratique, gage de réussite supplémentaire.
La loi définit de « nouveaux territoires »
Trois grandes lois organisent le regroupement de communes dans le cadre de logiques de projet. Il s'agit de :
- La LOADT - 1995 (Loi Pasqua)
Loi d'Orientation pour l'Aménagement et le Développement du Territoire
- La LOADDT - 1999 (Loi Voynet complétée par la loi Chevénement)
Loi d'Orientation pour l'Aménagement et le Développement Durable du Territoire
- La loi SRU 2000 (Loi Gayssot),
Loi de Solidarité et Renouvellement Urbain, mise en place des SCOT, Schéma de cohérence Territoriale)
De nouvelles formes d'intercommunalité sont nées. Elles sont considérées comme de « nouveaux territoires », des territoires fonctionnels et « biologiques », des bassins de vie, des territoires vécus, des territoires choisis qui se surimposent aux territoires subis qui constituent le maillage administratif de base. Ces nouveaux territoires sont :
- La communauté de communes : Etablissement public de coopération intercommunale regroupant plusieurs communes afin de les associer autour d'un projet commun de développement et d'aménagement.
- La communauté d'agglomération : Etablissement public de coopération intercommunale regroupant plusieurs communes d'une aire urbaine de plus de 50 000 habitants autour d'une ville centre de plus de 15 000 habitants afin de les associer autour d'un projet commun de développement et d'aménagement.
- La communauté urbaine : Etablissement public de coopération intercommunale regroupant plusieurs communes d'une aire urbaine de plus de 500 000 habitants afin de les associer autour d'un projet commun de développement et d'aménagement.
- Le pays : Région rurale homogène formée autour d'une petite ville et de sa zone d'influence ayant élaboré une charte commune de développement dans un ou plusieurs domaines spécifiques.
Les cartes suivantes, émanant de la DATAR, (consultable sur son site, accès enseignants) et de la communauté urbaine de Caen permettent d'évaluer la dynamique de l'intercommunalité en France. 


Population dans le Calvados
Concernant l'intercommunalité en Martinique, consultez le site :
http://www.martinique.pref.gouv.fr/pages/ecosocio4.html
Que faire des anciennes mailles?
Dans ces conditions, la question de l'avenir du maillage administratif traditionnel se pose.
L'échelon communal a-t-il encore un sens alors que les espaces de vie se font à cheval sur plusieurs communes ?
Le département date de la première République à une époque où l'on se déplaçait à cheval. Ne peut-on pas envisager de regrouper leurs compétences avec celles de la Région ?
Les régions françaises, quant à elles, peuvent apparaître comme moins puissantes que leurs homologues européennes. La DATAR propose aujourd'hui des regroupements et un découpage de la France en 6 inter-régions.
L'Union Européenne, un nouveau territoire
Au-delà du territoire national, l'UE peut apparaître également comme un « nouveau territoire ».
G. Baudelle, Professeur à l'Université de Rennes, nous donne lors du colloque une définition des « nouveaux territoires ». Un nouveau territoire est selon lui :
- Une nouvelle maille de gestion,
- Un territoire existant aux limites modifiées,
- Un territoire d'un genre nouveau s'appuyant sur des formes nouvelles d'administration et de gestion.
L'UE serait bien un nouveau territoire dans son ensemble, mais aussi au niveau des territoires transfrontaliers qui sont en quelque sorte de Petites Europes, nées d'une situation d'interface et de la disparition de l'élément fondamental du territoire national : la frontière. Les programmes Interreg III (2000-2006) encadrent les coopérations entre pays voisins de l'UE.
L' « observatoire des territoires » propose des cartes récentes sur la France et l'UE sur le site : http://www.territoires.gouv.fr/
Face à de telles mutations, la place de l'Etat est immanquablement redéfinie entre les collectivités territoriales - aux pouvoirs accrus - et l'UE. N'assiste-t-on pas aujourd'hui à un contournement, à un évitement de l'Etat ? JF. Poncet propose alors de considérer que l'Etat reste le « stratège » de l'aménagement du territoire, garant des grands équilibres, tout en favorisant l'attractivité des régions au niveau international.
III. Quelle appropriation pédagogique ?
Comment s'approprier cette notion de nouveaux territoires au niveau de nos enseignements ?
Il convient tout d'abord de s'appuyer sur une définition consensuelle de la notion de territoire.
Une définition pour l'enseignement
Le site Eduscol (http://eduscol.education.fr/D1012/territoire.pdf) propose une définition du territoire :
Un territoire, c'est :
- Une construction sociale, provisoire et évolutive des sociétés.
- Une portion d'espace délimité par une société ou par un groupe, support d'une identité collective, produit de pouvoir délimité par des frontières ou des limites.
- Espace approprié et géré par des collectivités humaines qui lui affecte un usage, des activités et l'aménage en fonction de leurs besoins.
- Il peut aussi s'apparenter à un espace de relation et d'échanges nombreux, qui en tissant des réseaux denses, forment des territoires aux contours plus flous et plus mobiles.
La notion de territoire dans les programmes scolaires
Cette notion est aujourd'hui inégalement présente dans les programmes de Géographie. Elle fait cependant l'objet d'un enrichissement successif de la 4 ème à la Première, classe qui peut être considérée comme le moment de l'approfondissement de cette notion qui est, du reste, employée au pluriel.
Voir le site de l'Académie de Caen pour le compte-rendu de cette question
Le site Eduscol propose des exemples de mise en uvre de cette notion pour la classe de Première :
http://eduscol.education.fr/index.php?./D1012/accueil.htm
Un enjeu civique majeur
Enseigner le territoire est un acte civique conforme au modèle de « bonne gouvernance ». Il s'agit de :
- Former les futurs acteurs et gestionnaires des territoires
- Former des citoyens français et européens
Quelles démarches pédagogiques ?
Quelques pistes de démarches pédagogiques peuvent être proposées pour enseigner les nouveaux territoires de la France et de l'Europe.
- Privilégier le rôle des acteurs et les enjeux
- Aborder la question de la durée et des discours concernant l'appropriation territoriale,
- Mettre en évidence l'emboîtement des territoires,
- Utiliser la méthode de l'étude de cas,
- Adapter les approches aux spécificités locales.
Conclusion
La question des territoires en général et des nouveaux territoires, en particulier, doit devenir avec les problématiques concernant l'Education à l'Environnement et au Développement Durable, l'un des deux axes forts qui transcendent notre enseignement de la Géographie.
Avec l'empilement complexe des mailles de gestion du territoire consécutif à l'irruption des territoires de projets, le maillage territorial devient de moins en moins lisible pour les citoyens. A défaut d'avoir le pouvoir de simplifier ce dernier l'enseignant peut tenter de l'expliquer.
Bon courage et à vos territoires!
Pour toutes questions ou remarques, n'hésitez pas à contacter l'auteur de cette synthèse : Yvan BERTIN, cy.bertin.elisabeth@wanadoo.fr
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