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LE MYTHE D'ORPHEE : D'OVIDE A MARCEL CAMUS

Module final de la séquence consacrée aux

Métamorphoses d'OVIDE

 

SITUATION DU MODULE

Ce module vient au terme de l'étude des livres X, XI et XII des Métamorphoses d'OVIDE qui illustrent l'objet d'étude « Grands modèles littéraires de l'antiquité ».

La séquence a été ainsi organisée :

Module I : Contextualisation de l'œuvre

Module II : Etude du corpus

Module III : Postérité des mythes. En littérature, le mythe de Pygmalion dans L'Eve future de

Villiers de l'Isle-Adam. Au cinéma, le mythe d'Orphée dans Orfeu Negro de

Marcel CAMUS.

L'étude de L'Eve future s'est faite en travail personnel selon des consignes

précises, tandis que Orfeu Negro a été l'objet d'un module de six heures.

LA CLASSE

Une terminale littéraire option langues (anglais, espagnol, portugais). Les élèves de portugais sont sollicités pour faciliter l'accès du film de M. Camus aux autres élèves de la classe.

POURQUOI CE FILM ?

Intérêt supposé des élèves pour une action qui se passe dans un pays proche parlant une langue étudiée par certains d'entre eux.

Ce film de M. camus offre l'occasion d'une communication entre le cours de littérature et de portugais et prouve encore une fois, dans un domaine autre que la littérature, la pérennité des mythes.

OBJECTIF DU MODULE

  • Considérer un exemple de réécriture du mythe d'Orphée.

Voir ce que devient le modèle dans Orfeu Negro de M. CAMUS :

- les choix personnels du metteur en scène

- la finalité du traitement par CAMUS du mythe d'Orphée

  • Etablir la liaison entre littérature et cinéma.

DEMARCHE

Etape 1  

Le groupe « portugais » travaille avec son professeur, Madame Francine de Kermadec, sur les circonstances de la création de l'œuvre et sur la situation politique et sociale du Brésil à la date du film.

Etape 2  

Au cours de littérature, le groupe fait le compte-rendu de son travail à la classe entière. On évoque la pièce de Vénicius de Moraes, « Orfeu da conceiçao », dont s'est inspiré Marcel CAMUS. Un aperçu des conditions de tournage révèle la participation enthousiaste de la population du Miro. La période historique est marquée par la personnalité de Kubitschek dont la présidence est considérée comme une ère de prospérité qui n'améliore guère cependant la condition des favelas. Enfin, parler de la réception du film conduit à relever ce qu'il a eu de novateur et, bien sûr, à souligner la part qu'a eue la musique dans son succès.

Etape 3

Projection à la classe entière du film Orfeu Negro de Marcel CAMUS, Palme d'or à Cannes en 1960, avec Marpessa Dawn et Breno Mello.

Avant la projection, quatre groupes ont été constitués et le professeur de littérature a confié à chacun le soin de noter les faits relatifs à l'un des points suivants :

  • La temporalité (l'époque contextuelle de la fiction)
  • Les lieux (déplacement des personnages de la fiction)
  • L'intrigue (schéma narratif, enjeux et arguments)
  • Les personnages (schéma actantiel, mise en relation avec les personnages ovidiens)
  • Les thèmes (en précisant leur contexte)

Ces niveaux d'étude ont été choisis pour assurer l'argumentation lors d'une mise en relation du film avec le texte d'OVIDE. La possibilité est laissée de visionner à nouveau certains passages du film au besoin.

Etape 4

Chaque groupe rend compte de son travail.

L'époque

Les élèves notent la modernité du décor (un avion dans le ciel, un tramway, de grands bâtiments…). C'est bien le Brésil des années 50.

Le temps de la fiction est calculé de l'arrivée Eurydice à la mort d'Orphée. Deux nuits, celle de l'entraînement et celle du défilé, deux journées et deux aubes.

L'action est donc resserrée pour une dramatisation qui assure l'intensité des sentiments.

Les lieux

Rio de Janeiro est facilement reconnaissable à la célèbre baie, au Pain de sucre, à la favela. CAMUS a sorti le mythe de son contexte d'origine, l'Europe. Nous sommes ici dans un autre monde, le Brésil avec une population très différente, des mœurs très différentes.

Les personnages habitent une favela. Ce parti pris sociologique de CAMUS fait que l'action évolue dans le milieu des défavorisés. Certains élèves ont été sensibles au contraste, du point de vue géographique, entre la favela et la ville. La favela, dans son dénuement, est située au haut d'une colline escarpée. En bas, il y a Rio, avec ses rues, ses grands bâtiments, son activité, pris en plongée avec des plans panoramiques. La situation de la favela lui donne une vue admirable sur Rio mais cela fait aussi que les pauvres sont là-haut, plus près du ciel et du soleil.

L'ORGANISATION DE L'ACTION

La comparaison des deux schémas narratifs montre leur similitude. Même situation initiale : on retrouve chez OVIDE un bonheur très mitigé par la grande réserve d'Hyménée. Chez CAMUS aussi quand Eurydice arrive à Rio et connaît Orphée, elle déjà poursuivie par l'Homme.

Même situation finale avec la mort d'Orphée. En reconstituant l'itinéraire d'Orphée pour retrouver le corps d'Eurydice, à savoir l'hôpital, le bureau administratif, la cérémonie religieuse et enfin la morgue, les élèves l'assimilent à la descente aux enfers chez OVIDE.

Si chez OVIDE l'action est linéaire et simple, chez CAMUS elle se dédouble avec la relation entre Eurydice et Orphée, d'une part, et celle que l'Homme veut nouer avec Eurydice, d'autre part. Mais les deux intrigues vont se rencontrer quand Orphée actionne la manette qui électrocute Eurydice. C'est par lui que la mort arrive. Comme chez OVIDE, c'est par son erreur qu'il perd Eurydice.

CAMUS, à sa façon, exprime la marche inéluctable de la mort. La fatalité est attachée à l'homme et a raison de lui.

LES PERSONNAGES

Orphée  

Participe à l'activité de la vie moderne : il est chauffeur de tramway. Est apprécié des femmes. Musicien et chanteur, son chant accompagne l'aube. Pour les enfants, il a le pouvoir de faire lever le soleil.

Eurydice  

M. CAMUS a donné au personnage, à sa manière, la même fragilité qu'on lui découvre chez OVIDE. De façon unanime, les élèves trouvent que l'actrice, Marpessa Dawn exprime bien cette douceur et cette vulnérabilité.

L'Homme  

Le costume qu'il porte donne immédiatement le sens de l'allégorie. Il parle très peu. C'est une présence menaçante permanente.

Mira  

Avec ce nom qu'il a conservé, M. CAMUS fait un clin d'œil à la Myrrha d'un autre mythe ovidien, celle qui s'est prise d'une passion fatale pour son père. L'histoire a été reconnue sans peine par les élèves. Comme l'autre, Mira veut imposer son amour. Une différence est quand même perçue : la Myrrha d'OVIDE est pathétique dans son malheur, celle de CAMUS est vindicative et peu sympathique. On trouve chez cette dernière des ressemblances avec les Harpies qui, chez OVIDE, s'acharnent sur Orphée puisque c'est elle, Mira, qui est l'auteur de la mort d'Orphée.

Sérafina  

C'est un personnage secondaire, mais qui a son utilité d'abord parce qu'elle accueille Eurydice, mais aussi parce qu'elle exprime la gaieté, la joie qui animent la favela.

Hermès  

Personnage, lui aussi, étranger à l'histoire d'Orphée et d'Eurydice chez Ovide.CAMUS fait d'Hermès une aide pour Eurydice. C'est lui aussi qui donnera à Orphée l'adresse de la morgue où se trouve le corps d'Eurydice. Hermès reste un messager.

CAMUS a gardé les traits fondamentaux des personnages ovidiens mais les a composés avec une grande liberté.

LES THEMES

Le carnaval  : Ce thème est lié à celui de la musique . Tous les deux installent dans le film une ambiance de fête. D'un bout à l'autre, c'est la liesse et le divertissement qui permettent aux gens de la favela d'oublier un moment leur misère. On a retenu quelques paroles de la chanson « Le pauvre travaille sans cesse, sans cesse, pour oublier sa misère… » ainsi que l'expression « La grande illusion du carnaval » qui font de cette fête un divertissement au sens pascalien du terme. Pendant deux jours, les personnages (et le spectateur) sont pris dans le tourbillon d'un rythme endiablé.

La musique  : Elle est accompagnée du thème de la danse. Elle est symbolisée par la guitare

et est considérée par les enfants comme un don du ciel qui permet à Orphée d'entretenir avec la nature un rapport mystérieux. Les élèves qui, pour la plupart ne connaissaient pas le film, ont cependant reconnu la musique qui a assuré sa célébrité.

Le soleil  : On y voit une résurgence directe de la mythologie. C'est la divinité dont Orphée

salue la venue en chantant. Elle est aussi matérialisée pour figurer dans le défilé. Si le rapport entre le personnage et la divinité est montré de façon allusive, il n'en est pas moins réel aux yeux des enfants. On se souvient alors du personnage d'OVIDE, le « chantre du Rhodope, tant aimé des dieux ».

L'amour  : On a relevé des « catégories » d'amour.

- L'amour gai de Sérafina et de Chico

- L'amour tragique d'Orphée et d'Eurydice. On a retenu la phrase d'Hermès : « Ca existe, ils s'aimaient d'amour » qui fait bien des deux personnages de M. CAMUS un couple d'amoureux hors du commun.

- L'amour mauvais de Mira qu'Orphée rejette. CAMUS confirme que ce personnage d'OVIDE est emblématique de la passion incontrôlée à laquelle il a ajouté la furie meurtrière des Ménades.

La mort  : Le groupe qui en parle, complète ce qui a été dit à propos du poursuivant

d'Eurydice. Avec son déguisement de squelette, il incarne la mort qui est attachée aux hommes depuis leur naissance puisque la mort harcèle Eurydice dès le début du film.

L'enfance  : Les deux garçons sont admiratifs d'Orphée. Ce sont ses disciples et ils vont

prendre la relève à sa mort.

Le thème de la poésie accompagne celui de l'enfance puisque ce sont les deux

garçons qui conduisent Orphée à manifester son talent d'éveilleur du jour. Les

scènes splendides pleines de poésie ont été très appréciées, particulièrement la

scène finale.

Un élève a fait remarquer que ces thèmes fondamentaux qui font le tissu du film, fonctionnent par couple : danse - musique, enfance – poésie, mort - carnaval. Ce dernier couple est symbolique de la particularité du tragique humain, toujours présent même dans la fête.

L'histoire d'Orphée et d'Eurydice selon M. CAMUS, pour brésilienne qu'elle soit, n'en est pas moins universelle. CAMUS a sorti le mythe de son contexte naturel en lui faisant subir, en quelque sorte, une métamorphose. Les élèves, en découvrant le mécanisme de cette transformation, ont compris que la valeur du mythe fondateur passe par sa malléabilité qui fait de lui une source inépuisable d'inspiration.

CONCLUSION

Les élèves ont été fascinés par le film. On pouvait craindre qu'habitués qu'ils sont à tout ce que le cinéma contemporain affiche comme qualité technique, ils ne se désintéressent d'une œuvre qui date de 1959. Au contraire, ils l'ont appréciée. Ils se sont ensuite volontiers prêtés au jeu de l'interprétation. Les comptes rendus ont été l'occasion d'un véritable échange au cours duquel les élèves ont confronté leur réception du film à celle des autres pour ainsi la compléter.

Ce module place les élèves au cœur de la problématique proposée par l'objet d'étude. La notion de modèle implique l'exploitation du texte fondateur et il importe de voir comment se fait cette appropriation et comment elle s'adapte à la visée de l'auteur.

TRAVAIL D'ECRITURE

Il a été proposé aux élèves le sujet de réflexion suivant : « En considérant L'Eve future de Villiers de l'Isle-Adam et l' Orfeu Negro de Marcel Camus, vous montrerez qu'en s'inspirant du mythe antique, l'artiste en fait une exploitation ».

On a attiré l'attention des élèves sur le sens du terme « exploiter » qui équivaut à « tirer parti de », ce qui implique une soumission du texte fondateur aux motivations de l'artiste.

Le raisonnement passe par trois étapes :

I- La raison de l'utilisation du mythe : un projet personnel

Ce projet est lié à la situation de l'artiste.

Il a un message à faire passer : sa vision de l'homme et de sa condition.

II- La conséquence est la déformation du mythe

Il faut, en effet, que le mythe s'adapte au projet de l'auteur.

Cependant il reste identifiable dans l'œuvre.

III- Ce qu'apporte cette utilisation

Le charme de la présence du passé.

Le lien entre les œuvres à travers l'espace et le temps.

GONIER Marie-Louise

Lycée de Bellevue